Dimitrije Mitrinović et sa nébuleuse de projets ‘novateurs’, comme New Britain

En 1934, Karl Polanyi a écrit sept articles pour la revue New Britain. M’intéressant à cette revue pour savoir qui l’éditait et la ligne qu’elle défendait, je suis évidemment remonté au Mouvement New Britain, qui la publiait, mais qui éditait aussi, entre 1933 et 1935, « plusieurs magasines comme New Albion, New Atlantic, The Eleventh Hour, New Britain Quarterly et New Britain Weekly »1.

Derrière cette nébuleuse de projets, il y a Dimitrije Mitrinović (1887-1953). Continuer la lecture de Dimitrije Mitrinović et sa nébuleuse de projets ‘novateurs’, comme New Britain

  1. BURGHAM Emma, [2015] “Funding the Revolution: Money and the New Britain Movement” ; https://eleventhhourarchive.wordpress.com/2015/03/04/funding-the-revolution-money-and-the-new-britain-movement/ [dernière consultation le 20/09/2017] []

Károly Polányi et Oszkár Jászi

Après mes différentes lectures, je m’étais sans doute fait une fausse idée des rapports unissant Oszkár Jászi [1875-1957] et Károly Polányi1. La lecture de la biographie consacrée au politicien et sociologue hongrois, écrite par György Litván, et publiée en 2006, m’aura apporté un éclairage différent. Continuer la lecture de Károly Polányi et Oszkár Jászi

  1. Puisqu’il aurait été disgracieux de mettre les accents sur les noms de Litván et Jászi et non pas sur celui de Polányi, je l’ai ici rajouté, contrairement à l’usage. Idem pour les prénoms, je ne me voyais mettre des noms originaux et franciser les prénoms en même temps. J’ai cependant gardé l’ordre des prénoms et noms qu’on utilise en français et anglais, contrairement à ce qui se fait en hongrois. En cas d’absence de prénom pour Polányi, il s’agit toujours de Károly/Karl. []

A propos de quatre archives concernant la ‘médecine’

Après avoir reconnu que l’archive des Archives Karl Polanyi [AKP] 46/13 avait bien été écrite par Karl Polanyi et non son frère Michael, il faudra se demander pourquoi Polanyi s’est intéressé à ce qu’il appelle ‘Médecine’ dans la première page de l’archive AKP 02/11. On trouve ainsi quatre archives qui traitent de ce sujet :

L’archive 02/11 est constituée de citations et de références qui attestent d’une grande connaissance d’auteurs qui reviennent tout au long de ses quatre archives : Sanctorius, Harvey, Borelli, Sylvius, Borhave, Paracelse, Foster, Basile Valentin, Pic de la Mirandole et François Quesnay. Continuer la lecture de A propos de quatre archives concernant la ‘médecine’

Rudolf Steiner comme personnage falsifié

Parmi ceux que j’ai appelé les “faussaires aventuriers”, outre Dimitrije Mitrinović avec qui Polanyi est en contact en 1934, travailler sur Polanyi ramène à Rudolf Steiner, via notamment l’article que Polanyi lui consacre dans la revue New Britain1, cette année 1934. Ayant consacré un précédent billet aux rapports entre Polanyi et Steiner, je voudrais m’intéresser ici à l’aspect mythique du ‘personnage’ Steiner.

Communs à ces “faussaires aventuriers”, c’est qu’ils semblent être des personnages falsifiés venus de nulle part et probablement pris en main par des sociétés secrètes et ésotériques, les pilotant et écrivant certainement pour eux afin qu’ils jouent un rôle dans leur société-hôte. Ainsi, il est étonnant de les voir réaliser tant de projets sans avoir apparemment de quoi les financer ou de les voir déployer tant de savoirs sans qu’on leur connaisse de longues heures d’études. Le cas Steiner est un peu différent. Continuer la lecture de Rudolf Steiner comme personnage falsifié

  1. Le journal éphémère lancé par Mitrinović et qui ne dura que jusqu’à l’automne 1934. []

Rudolf Steiner et Karl Polanyi

Il y a peu d’écrits attestant des liens intellectuels entre Rudolf Steiner et Karl Polanyi. János Gyurgyák évoque, dans son article “Polanyi and the Viennese Hungarian News” [2000, 320], qu’entre 1921 et 1924, certaines influences plus anciennes comme Tolstoï, Spengler et Steiner, continuaient à l’inspirer et cite une lettre écrite à Oszkár Jászi, le 7 janvier 1920, attestant qu’il lisait Steiner et semblait s’y intéresser fortement. Gyurgyák écrit ainsi que, pour Polanyi, « Steiner avait découvert la vraie représentation de la vie des sociétés humaines : la relative indépendance des fonctions de l’organisme et la nécessité d’unité et d’harmonie de ces fonctions »1, ceci ayant été développé dans l’article « Est-il possible d’aider la Russie ? » [“Lehet-e Oroszországon segíteni?”] publié dans un certain journal Medvetanc, en 1921. Malheureusement cet article ne se trouve pas dans les Archives de Karl Polanyi, où on en trouve un autre, en plusieurs parties, (presque) avec le même titre, mais publié dans le Bécsi Magyar Újsag en 1922. On pourrait croire qu’il puisse s’agir de deux versions du même article, mais, si la définition de l’archive numérisée est très mauvaise, il est tout de même possible de constater qu’il parle de John Maynard Keynes et de Lénine, sans évoquer Steiner. Je ne sais donc pas où János Gyurgyák a trouvé l’article de Polanyi qu’il cite. Continuer la lecture de Rudolf Steiner et Karl Polanyi

  1. “Steiner had discovered the proper representation of the life of human societies: the relative independence of the function of the organism, and the necessity of the unity and harmony of these functions.” [Gyurgyák 2000, 320 – summing Polanyi] []

Pourquoi le poème Entschluss, de Hegel, fut-il si important pour Polanyi ?

Grâce au professeur Claus Thomasberger1 j’ai pu identifier le poème que Polanyi cite dans une feuille volante, et que les archivistes ont mis dans le dossier 59/02 [57-58], consacré aux lettres envoyées par Karl Polanyi à sa fille. Ce bien qu’au dos de cette feuille il soit écrit en hongrois et que vu que Kari Polanyi-Levitt ne lit pas le hongrois, cela ne pouvait pas lui être adressé.

Il s’agit donc du petit poème „Entschluss“, écrit par Hegel, « qui ne nous est connu que par une mention dans le Vossiche Zeitung de novembre 1841, où il est attribué à l’année 1801. […] L’occasion du poème, » nous dit H.S. Harris, « semble évidente (…) [le fait, pour Hegel,] “de s’engager dans une carrière de son choix”, dont le poème aurait marqué une sorte de « résolution poétique »2.

Voici ce poème en entier, qui se trouve à la page 511 du tome 5 des Gesammelte Werke, Schriften und Entwürfe (1799-1808), édités par Manfred Baum et Kurt Rainer Meist3, en 1998 :

Kühn mag der Göttersohn der Vollendung Kampf sich vertrauen,
Brich dann den Frieden mit dir, brich mit dem Werke der Welt.
Strebe, versuche du mehr, als das Heut und das Gestern, so wirst du
Besseres nicht, als di­e Zeit, aber auf’s Beste sie sein! Continuer la lecture de Pourquoi le poème Entschluss, de Hegel, fut-il si important pour Polanyi ?

  1. Et Giorgo Resta, dans sa préface au recueil de textes The New West [2013], bien que je ne l’aie pas vu alors. []
  2. H. S. Harris, Le développement de Hegel, T. II : Pensées nocturnes. Iéna 1801-1806, « Nocturne pour le “fil des dieux” », 7 []
  3. Felix Meiner Verlag Hamburg, 825 p. []

Mitrinović, Gurdjieff et autres faussaires aventuriers

Partant de Karl Polanyi, je remonte de fil en aiguille et par cercles concentriques, les réseaux autour de lui et dans lesquels il a été pris et j’ai rencontré trois personnages étranges que sont Dimitrije Mitrinović1 – puis aux deuxième et troisième degrés de proximité, George Ivanovich Gurdjieff ; voire Piotr Ouspenski2 et Aleister Crowley.
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  1. Avec qui Polanyi semble avoir des rapports directs en 1934 en marge de sa participation au journal New Britain et les sept articles qu’il y écrit, introduit dans ce milieu par John Macmurray qui fut l’éphémère rédacteur du journal dont la durée de vie fut inférieure à un an. []
  2. Qu’on retrouve en connexion avec Alfred R. Orage, donc, au deuxième degré, avec Mitrinović. []

Une rencontre entre Karl Polanyi et Ludwig von Mises en 1919 ?

Dans Mises, the last Knight of Liberalism [2007], de Jörg Guido Hülsmann, on peut lire ce passage (que je traduis pour l’occasion) :

A l’été 1919, Mises mena des négociations avec des représentants du nouveau – et qui allait s’avérer de courte durée – gouvernement communiste en Hongrie, concernant les droits de propriétés des citoyens autrichiens en Hongrie. Le chef de cette délégation hongroise était l’ambassadeur en Autriche, mais il ne prit que très rarement part aux réunions et les réels meneurs du côté hongrois furent plutôt un certain Dr. Görög et un certain Dr. Polanyi1. Görög était un bureaucrate pâle sans grand sens politique, mais Polanyi, qui avait un esprit brillant et était convaincu par le communisme, se heurta de nombreuses fois dans les réunions avec Mises, souvent dans de longues discussions de questions fondamentales en philosophie sociale. [p. 342-3 / emp. 4269]

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  1. Cf. Archives Mises 74, p. 11 et s. [Note de J. G. H.] []

Quelques questions sur la Franc-maçonnerie hongroise du début du XXe siècle

Qui est Maçon, dans la famille Polanyi ?

Comme on peut1 le voir sur la page de sommaires des articles de  Szabadgondolat, Laura et Adolf Polanyi, les deux frères ainés de Karl, écrivent eux aussi dans le journal.

Ce que j’ignore, par contre, c’est s’ils pouvaient le faire sans être “frères” et “sœurs” franc-maçons du Grand Orient, ou s’ils ont pu écrire comme “invités” du petit frère… Ce qui souligne que je ne sais rien de l’appartenance ou non des frères ainés à la Franc-maçonnerie hongroise (ni du père et du grand-père), et n’ai rien pu lire sur le sujet.

En tant que femme, Laura pouvait-elle être Maçonne ?

Concernant Laura, d’ailleurs, une femme pouvait-elle être initiée dans une loge, à l’époque ? La question paraît en débat à la fin du XIXème siècle : « En Hongrie, une initiation féminine engendre une condamnation du Grand Orient de Hongrie, alors obédience nationale. La comtesse Ilona Barkóczy est reçue maçonne dans la loge masculine Egyenlöség à Unghvar. Le conseil fédéral du Grand Orient prononce plusieurs exclusions et suspensions de frères et considère comme nulle l’initiation de la comtesse. Cette annulation est contestée dans la publication française Le monde maçonnique, qui rappelle que le caractère de franc-maçon est acquis au moment de l’initiation » [Article Wikipedia “Femmes en franc-maçonnerie”]2 Au XXe siècle en France, l’idée de mixité au sein de l’organisation semble gagner du terrain mais qu’en était-il en Hongrie ?

Parlait-on allemand ou hongrois dans les loges ?

Cette question se pose notamment pour dater les archives de Polanyi qui concernent la ‘médecine’, les quatre carnets de notes, principalement en allemand, constitués de citations et renvois de textes d’alchimistes ou de gnostiques, ainsi que le texte „Der Glauben an die Wahrheiten der Wissenschaftslehre von der Soziologie“ [La croyance dans les vérités du caractère scientifique de la sociologie, 02/02]. L’Institut Karl Polanyi les date entre 1920 et 1922, mais ils pourraient éventuellement dater de Budapest s’il s’avérait probable qu’il ait entamé une initiation alchimique au sein de la Franc-maçonnerie hongroise en langue allemande.

 

  1. Et comme on le pourra encore plus lorsque la page sera terminée []
  2. Consulté le 01.09.2017 à 14h55. []

Rendre à Karl ce qui est à Karl

En comparant le cahier de notes de Karl Polanyi qui se trouve à l’archive 07/08, 183-254 et celui qu’on trouve en 46/13, on s’aperçoit qu’ils sont identiques. Identiques tout d’abord matériellement, puisqu’on reconnait1, le même type de couverture de cahier, ainsi que les mêmes lignes sur les feuilles de papier :

AKP 07/08, 209
AKP 46/13, 26
De plus, les écritures paraissent similaires dans les deux cas, ainsi que le sujet, puisque ces notes concernent des “médecins”2, avec des auteurs des XV et XVIème (HarveyParacelseSantorio SantorioSylvius), du XVIIème siècle (Boerhaave, Borelli) ou du XIXème (Foster). Un exemple avec Boerhaave : Continuer la lecture de Rendre à Karl ce qui est à Karl
  1. Ou du moins devine, il faudrait, pour en être sûr, voir les deux carnets, physiquement, à Montréal. []
  2. Ou des alchimistes, comme dans les quatre archives étudiées dans un autre billet ou les mystiques et autres « chercheurs de Dieu » dont Polanyi parle dans la série de conférences, „Deutsches Leben und Schriftum“, donnée en 1939 ? []