Un livre-redite et une faillite éditoriale

A priori ce premier volume d’une série sur les sources occultes de la philosophie moderne, et qui commence par la « conspiration des philosophes » promettait d’être intéressant puisque, étant le sixième livre de l’auteur, on pouvait donc s’attendre à lire un érudit qui a largement exploré son sujet et a eu le temps de l’affiner. Malheureusement, à la lecture de celui-ci, c’est plutôt l’inverse qui domine, et l’impression qu’Alain Pascal a tellement écrit auparavant qu’il ne prend plus la peine de le faire. Ou très mal et avec beaucoup de fautes d’orthographe qui piquent les yeux assez régulièrement, preuve sans doute surtout du manque de professionnalisme des éditions des Cimes qui n’auront pas assuré leur travail de relecture et ne l’auront pas aidé à accoucher d’un ouvrage abouti, comme c’était son rôle.

Ainsi, l’auteur, page après page, passe son temps à mentionner des passages qu’il a déjà écrit et à y renvoyer. C’est plus qu’agaçant durant toute la première partie : « Gnose, Kabbale et philosophie moderne » qui semble une redite plus qu’un résumé de choses déjà écrites dans la quadrilogie de La Guerre des gnoses.1)Feuilletons le livre dès le début de cette première partie  : p. 27 (un renvoi à un autre livre de l’auteur), p. 28 (2), 29 (1), 32 (1), 35 (4), 42 (1), 44 (2), 45 (2), 49 (2), 52 (5), 54 (1), 55 (5), 59 (1), 60 (2), 63 (2), 65 (1), 68 (1), 71 (2), 72 (4), 73 (1), 75 (5), ad nauseam. Mais ça continue dans la deuxième partie : « La théosophie est une pré-philosophie », alors qu’arrivé à la moitié de l’ouvrage le lecteur s’attendait à trouver du contenu enfin nouveau.2)Continuons de feuilleter : 149 – première page de la deuxième partie – (1), 150 (2), 151 (1), 152 (2), 154 (1), 155 (1)… C’est pareil.

Pareillement, des formules comme « nous l’avons exploré dans la Pré-Kabbale et nous allons y revenir » [p. 28n29], « cf. T.I. et nous y reviendrons » [p. 31], « voir la Guerre des gnoses et nous y reviendrons » [p. 44], « nous [raconterons l’histoire secrète de la philosophie grecque] dans un ouvrage consacré à l’Intelligence du christianisme. Nous avons toutefois déjà évoqué le sujet dans la Pré-Kabbale (…) et dans La Renaissance, cette imposture [p. 60], sont monnaie courante. Tout s’est toujours dit de manière plus consistante avant, ou ça sera discuté plus tard, et l’endroit qu’on lit est un lieu presque vide et en tout cas assertif ou allusif. Et cette impression persiste sur tout l’ouvrage, comme le montrent des passages à différents endroits : « Moïse n’est pas égyptien mais juif, (voir notre article (…) dans le Libre journal). Il est un prophète de Dieu […] La symbolique de la Bible n’est pas notre sujet présent mais… » [p. 265], etc.

Tout ceci qui pousse assez rapidement le lecteur à se demander pourquoi Alain Pascal a écrit ce livre – et pourquoi il se lance dans un nouveau cycle – au lieu de reprendre et d’améliorer ses travaux précédents, quitte à redécouper différemment sa série, par exemple en divisant ses tomes précédents en deux pour y apporter plus de contenu, ou rajouter des appendices et annexes avec des extraits de textes. Ici rien ne paraît complémentaire avec ce qui a déjà été produit depuis 20 ans mais superfétatoire. C’est pourquoi on peut lire, par exemple :

Depuis le début de la Guerre des gnoses, nous rattachons la philosophie moderne à la gnose et à la Kabbale (ce pourquoi nous disons qu’elle est irrationnelle) et étudier Boehme, c’est presque refaire un résumé de nos précédents ouvrages. (p. 201)

Et c’est exactement ce que ressent le lecteur, malheureusement.

De plus, l’écriture est assez épouvantable et s’il ne pouvait trouver quelques vidéos sur Internet pour voir qui est Alain Pascal3)J’ai moi-même vu des vidéos avant de faire l’acquisition d’un livre à plus de 20 € d’un auteur que je ne connaissais pas, et il m’avait fait bonne impression., le lecteur pourrait croire qu’il est en train de lire un adolescent bagarreur écrivant au sein et pour un petit cercle d’amis avec qui il débat en priorité. Par exemple, p. 201 toujours : « notre critique de Boehme apparaîtra à certains (et de nos relations…) comme sacrilège. » Que M. Pascal polémique directement avec ces relations, ou qu’ils écrivent des dialogues, mais ces références constantes à des discussions se déroulant hors des pages confèrent la désagréable impression d’avoir été admis, moyennant un prix d’entrée assez élevé, dans un salon privé où des habitués continuent des discussions où on ne compte pas l’intégrer. On peut dire de manière générale, qu’un éditeur correct eût supprimé un bon tiers des parenthèses bêtement polémiques qu’ouvre l’auteur, les trois quarts des points de suspension,4)Un exemple pris au hasard : « le rabbin Maïmonide est le premier juif à trahir Dieu (pas le dernier…) » [p. 89], « dès le premier siècle les mages sont devenus ennemis irréductibles du Christ (…). Donc de nos jours leurs héritiers… » [p. 140] ; « et le mot sabbat désigne une certaine communauté… » [p. 142] (trois notes sur quatre terminent par des points de suspensions suggestifs sur cette page) ; ainsi dans tout l’ouvrage. et demandé de rassembler de nombreuses petites piques ou polémiques (notamment sur les racines juives des socialismes, y compris le national-socialisme)5)Le socialisme, [est un] collectivisme qui ne remonte pas à la Nouvelle Kabbale du XVIe siècle, ni d’ailleurs à la Kabbale du XIIe, mais au Talmud. Nous en tirons simplement la conséquence, à savoir que le socialisme est une philosophie politique d’origine « juive » et non pas chrétienne, orientale et non pas occidentale » [p. 203]. Alain Pascal dit que « les talmudistes et les kabbalistes sont responsables des crimes communistes, mais aussi de ceux commis par les nationaux-socialistes allemands, les eussent-ils perpétrés contre les juifs. C’est le propre des golems ! » Malheureusement, cette « route du Talmud aux deux socialistes » est expliquée dans deux autre livres…, au lieu de multiplier les petites escarmouches éparpillées.

Un propos allusif et non-sourcé

Sur le fond, ce n’est pas beaucoup mieux. Très bavard, l’auteur se répète inlassablement de chapitre en chapitre et quand un sujet mériterait approfondissement, Alain Pascal reste allusif. Citons comme exemple parmi cent :

Il est normal que nous rattachions aussi l’idéalisme de la Kabbale et que nous en tirions la conséquence sur Descartes, Spinoza, Hegel et donc, par eux, sur le marxisme, mais également sur les sources « juives » du national-socialisme ! Car, après Maître Eckhart, Boehme est un maillon essentiel entre l’ésotérisme juif et le national-socialisme allemand, et le fait que semble assez important pour qu’il soit maintenu dans l’obscurité [par les tenants de la version officielle de l’Histoire des idées] ! [p. 201]

Le propos est assez dur, est tirer un trait direct entre l’ésotérisme juif et le national-socialisme qui mit les juifs dans des camps de concentration mérite tout de même un peu d’explications. Une note explique que

Maître Eckhart avait spéculé sur le Dieu caché du Zohar6)Où ? dans quel contexte, ? où revient-on substantiellement sur Maître Eckhart dans l’ouvrage pour qu’on comprenne un peu mieux ce qui n’est ici qu’allusif ? et [qu’]il est le précurseur (officiel) de l’idéalisme (donc également du marxisme), mais aussi d’une part de la mythologie du national-socialisme. Ce n’est pas officiel, mais nous l’avons montré (cf. I.K., p. 368). Précisons donc pour certains admirateurs contemporains d’Eckhart que notre critique était amplement justifiée.

On voit qu’il faut aller lire l’autre livre pour trouver la démonstration7)Au fond, ce sixième livre ne devrait-ils pas être gratuit s’il ne sert que de publicité pour tous les autres ?, et que l’auteur se décerne des palmes au lieu de nous résumer cette affirmation de la plus haute importance. De même, comprendre comment la Kabbale (juive) a engendré une idéologique anticatholique via la cabale (chrétienne) et la théosophie (chrétienne), eût mérité plus qu’une phrase l’affirmant sans autre forme de procès. A la page suivante, Alain Pascal réitère : « Marx est un héritier de Boehme par l’intermédiaire de Spinoza et d’Hegel » [p. 202]. Prenons la chaine à rebours, Marx => Hegel => Boehme et Spinoza. Certes, Marx s’est inspiré de Hegel mais il l’a critiqué aussi, quelle part de Hegel est conservée par Marx, ? Chez Hegel, quel(s) point(s) de sa philosophie est/sont de Boehme et lesquels de Spinoza ? Si ceci n’était bien documenté par Alexander Glenn Magee,8)[2001] Hegel and the Hermetic Tradition, Cornell University Press, 257 p. je pourrais bien répéter, pour briller en société, que Lénine, via Marx, était inspiré par la Kabbale lourianique et que nazisme et communisme étaient le Ying (Gog) et le Yang (Magog) qui devaient détruire le vieux monde pour le retour du Machia’h, puis, comme l’annonçait Philippe Muray « la fin du monde a été reportée à une date ultérieure »9)Comme d’habitude, sauf que cette fois-ci entre le réchauffement climatique, la fin du pétrole et la Troisième Guerre Mondiale entre les Bons et l’Iran, on est finis ! Sur la référence à Muray, cf. Festivus Festivus, VII., etc. etc. etc., mais je serais assez ennuyé si je devais expliquer en quoi précisément à partir du seul livre d’Alain Pascal. Et, justement, le détail de la Kabbale chez Boehme à Spinoza nous aurait intéressé puisque c’est le sujet de ce chapitre. Or, on apprend que « Spinoza est un disciple de Boehme, qui s’inspire de la Kabbale » [Id.]. Mais en quoi y a-t-il de la Kabbale en Boehme et où se trouveraient des traces de Boehme dans l’Éthique ?

C’est là qu’on remarque un fait énorme qui aurait dû faire refuser le livre par l’éditeur : il n’y a pas une seule citation, en 271 pages, d’aucun auteur discuté ici ! Pour la littérature secondaire, la bibliographie, p. 282, tient en une page pour 24 références, et il n’y a de références précises que pour ces seuls 24 ouvrages de littérature secondaire (hors des précédents livres de l’auteur). Si peu pour traiter d’un si important morceau de la philosophie, ça paraît léger. Aussi, plutôt que de répéter des slogans ou de multiplier les renvois à ses autres ouvrages, il eût été préférable d’accorder cette courtoisie au lecteur en citant, et de donner du contenant à un ouvrage qui en manque cruellement, bien qu’on sente qu’il y avait quelque chose d’important et sans doute juste derrière les leitmotivs. Quand on aborde Descartes, Hegel, Spinoza, Boehme, les Rose-Croix, la Kabbale, Saint Thomas d’Aquin, Agrippa, Érasme, etc. c’est un minimum !

Dans le même ordre d’idée, et ce de manière si répétitive que c’en devient ridicule, tout fier de son courage et de sa clairvoyance, Alain Pascal émaille son texte de considérations, non sans forfanterie, sur l’aspect occulté, par l’Éducation Nationale, de l’Université ou des media, de tout ce qu’il écrit là. Une ou quelques pages dans une introduction, auraient suffi, pour avertir le lecteur – du moins celui qui ne fait pas partie du cercle d’amis avec qui il brette ici ou là –, qu’il va lire quelque chose qu’il n’a pu lire ailleurs, mais que, loin d’être l’œuvre d’un fou ou d’un original tapageur voulant attirer l’attention sur lui, sa foi et ses relations catholiques, éloignées de la doxa républicaine, lui permettent de ne pas être dans le moule épistémologique et idéologique dominant. Expliquant rationnellement les raisons qui poussent les autorités qui sévissent dans les pays francophones qui doivent être ceux du lecteur, ce préambule aurait largement suffit, plutôt que cette longue série d’apostrophes un rien puéril. Et aurait permis de supprimer l’ironie ou les points de suspension, voire le cumul des deux : « Boehme (… est) l’un des fondateurs de la philosophie moderne, ce qu’aucun lecteur de l’histoire officielle n’ignore évidemment… » [p. 196-197]

Et sans doute que c’est bien l’image des points de suspension qui illustre assez bien ce livre, un grand point de suspension, le premier d’une série qu’on lira peut-être dans quelques années lors de la parution des éditions corrigées et augmentées de citations et références…

Sur le style, on ne peut pas ne pas souligner un fait assez frappant des catholiques actuels. Nous avons un auteur qui n’a pas sa langue dans sa poche, qui se dit traditionnel et n’a que faire du politiquement correct, mais qui s’arrête toujours prudemment sur le bord de la légalité. Or, c’est assez contradictoire pour un auteur qui prétend dire la vérité sans fard et sans peur, et de la part de ce catholique convaincu et (je suppose) retraité (donc peu soumis à la pression d’un emploi à conserver), c’est symptomatique du déclin de l’Église. Au temps des persécutions des premiers chrétiens, ceux-ci risquaient la mort. Au temps de la République Française, le catholique fier de qui il est et de ce qu’il pense, et d’autant plus fier qu’il n’est pas dans l’insulte gratuite mais peut montrer ses preuves, risque des amendes. S’il organise sa propre insolvabilité, il ne risque plus que la prison, et encore, mettra-t-on un homme âgé sous les barreaux, où il deviendrait un symbole ? Le livre risque-t-il d’être interdit ? Soit. Qu’il se batte pour ses idées et son droit de publier ce qu’il veut, puisque ses adversaires, si nombreux ont le droit de le faire. Des croyants qui ont si peur du pouvoir qu’ils ont face à eux, méritent de voir leurs églises se vider et leur religion être tuée par ses adversaires, encore et toujours bien après 1789 (d’après l’auteur). La foi doit faire se déplacer les montagnes et les catholiques n’acceptent pas des petits martyrs ?10)De même, je dois dire que je n’ai trouvé sur Internet aucun site catholique – peut-être ai-je mal cherché – recensant l’ouvrage d’Alain Pascal. Beaucoup d’images de chevaliers défendant leur culture et leur pays, beaucoup de vidéos de Radio Courtoisie ou d’autres cercles catholiques, mais d’avis circonstanciés de catholiques (“libéraux” ou traditionalistes, qu’importe) sur ce livre écrit par un des leurs, je n’en ai vu pas un. La chevalerie et la défense des valeurs assiégées, ça pourrait commencer par recréer du débat et de la pensée catholique.  Je n’ai trouvé que la recension de Patrick Roux sur Amazon, qui est assez critique sur le livre et relève des erreurs dans ce qu’il raconte. J’avais moi-même sursauté en lisant que le Talmud codifiait la magie [p. 139 et 144], là où Max Weber reconnaît justement aux juifs d’avoir les premiers écartés la magie du monde terrestre et permis la science moderne.

Le Vatican contre le monde entièrement judaïsé

Il y a néanmoins de nombreuses choses intéressantes dans cet ouvrage. Certes, ce sont plus des pistes de lecture que des véritables explications mais j’ai découvert des individus dont je n’avais jamais entendu parler comme Simon le Magicien ou Philon d’Alexandrie (qu’Alain Pascal appelle Philon le Juif).11)Certes, les deux auteurs sont juifs.

Je ne sais pas du tout quoi penser de l’importance que confère l’auteur au judaïsme et à le lire, j’ai pensé à cette histoire du juif qui a le moral au plus bas et qui pour se faire du bien en allant lire des écrits antijuifs, et voir que sa race/religion/pays possède les banques, les politiciens, les journaux, la philosophie, est le moteur de l’Histoire, etc. Ainsi pour Alain Pascal, si on synthétise, il n’existe que trois grandes civilisations. L’égyptienne, la juive et l’Occident catholique qui résiste à toutes les attaques depuis la mort de Jésus. J’ai trouvé intéressante la catégorie ‘judéo-égyptienne’12)Bien plus juste que le fallacieux ‘judéo-chrétien’ inventé dans les années 1970 pour des raisons politiques qui font de l’Islam l’adversaire commun. Étonnamment, Pascal ne revient pas sur les Égyptiens, alors qu’après tout, puisqu’on sait que les textes de la Torah sont aussi des textes politiques écrits contre les Égyptiens et se servant des cosmologies de Babylone et Sumer pour les réécrire de manière plus arrangeante, jamais Alain Pascal n’envisage que l’Égypte se soit servie des juifs comme d’abeilles devant aller polliniser culturellement d’autres peuples et véhiculer leurs idées, les chassant de leur pays et se cachant derrière eux, Moïse n’étant qu’un agent de Pharaon et Yahvé Akhenaton déguisé. Puisqu’on ne peut pas dater l’exode narré dans le deuxième livre de la Torah, pourquoi ne pas imaginer que le peuple mythique des “Hébreux” (là encore rien n’est très clair) soit une secte monothéiste égyptienne chassée et donc que le judaïsme ne soit qu’une branche monothéiste de l’Égypte, bref que le monde actuel soit égyptien, le dieu Soleil se servant des sionistes actuels pour ses plans eschatologiques ? Personnellement, je pense qu’un complot est réussi si les vrais pilotes de celui-ci sont insoupçonnables. Je pense donc que ce sont les Bantous qui s’étaient installé secrètement en Égypte, puis qui ont profité de l’esclavage pour aller en Amérique, et qui aujourd’hui, avec la démographie de l’Afrique, s’apprête à conquérir le monde. C’est pour ça que l’Afrique a gardé une tradition orale, pour que personne ne puisse remarquer le complot. Bref, si la catégorie ‘judéo-égyptien’ (qu’il dénomme aussi ‘oriental’ pour l’opposer à l’Occident, donc au catholicisme) est intéressante, pourquoi Pascal oublie-t-il la moitié ? qu’il oppose à l’Occident, donc Rome et l’Église de saint Pierre (seule et unique puisque l’Église de Saint Jean serait un mythe gnostique datant de Simon le Magicien et repris jusqu’au Francs-maçons en passant par les Rose-Croix). Par contre, je suis assez circonspect quand je lis que la gnose c’est la Kabbale [p. 45],13)A d’autres endroits il dit que la gnose a préparé les esprits à l’acceptation de la Kabbale [p. 90-91], semblant donc dire qu’elles sont deux traditions différentes. les Esséniens, c’est la gnose, donc la Kabbale, que l’Islam n’a pas de culture propre puisque c’est la Kabbale (le Zohar), que le tout le Protestantisme c’est encore la Kabbale,14)La catégorie ‘judéo-protestant’ (ces derniers à qui A. Pascal ne reconnaît pas d’être un christianisme) est intéressante, notamment lorsqu’on pense aux calvinistes. que la Renaissance c’est la Kabbale, que même la mystique en Chine et en Inde, c’est encore la Kabbale, que la « théosophie est “juive” » [p. 153], et enfin, puisque la Kabbale est une émanation du Talmud [p. 195], que c’est donc l’ensemble du monde qui est sous la coupe idéologique de la Synagogue, celle-ci n’ayant que les seuls catholiques contre eux, et encore, sans doute le combat est-il perdu depuis Vatican II.15)J’infère cette position d’Alain Pascal, logique quand on lit, mais qu’il n’aborde pas dans le livre. Je veux bien discuter du monde musulman,16)Bien qu’Alain Pascal soit outrancier jusqu’au ridicule lorsqu’il prétend que l’Islam n’est qu’une religion talmudique [p. 85] ou que les arabes n’ont pas de culture. qui est plus tardif et s’inscrit dans la continuité des deux religions du Livre antérieures, je veux bien que la plupart des pensées mystiques, depuis Pythagore, viennent de l’Orient, mais réduire la Chine et l’Inde17)Encore une fois, pourquoi Sumer et Babylone ont-elles disparues et comment ? On ne parle pas des Mayas, des Incas, des Africains, ou des Indiens d’Amérique qui n’ont rien laissé à l’Histoire, ni même des religions païennes nordiques ou celtiques… Alain Pascal n’évoque jamais, non plus, l’Empire romain païen/chrétien. aux juifs m’a paru bien au-delà de ce que toute mon ouverture d’esprit peut accepter. Je crois que je suis encore plus ouvert à l’hypothèse des premiers astronautes qu’évoque de loin Polanyi lorsqu’il parle de rayon cosmique pouvant expliquer l’apparition des religions à l’« âge axial ».18)Abraham Rotstein, « Notes de fin de semaine II », Religion du monde, 35 ; 5 mai 1956. C’est néanmoins la seule fois, à ma connaissance, que Polanyi évoque cette idée.

Au niveau politique c’est identique, les Francs-maçons sont des gnostiques donc des idiots utiles du Talmud et la république, elle-aussi, étant franc-maçonne, est au service de la Synagogue. Le Nazisme : un golem du judaïsme, tout comme le communisme ; Pascal n’a pas attribué le capitalisme aux juifs, comme Werner Sombart ou Jacques Attali, il y aurait pourtant l’occasion de fonder une catégorie ‘judéo-protestante’ pour mettre d’accord Weber et Sombart, en lui opposant les autres catholiques, musulmans, et sans doute hindouistes, bouddhistes, jaïns, taoïstes, animistes, etc. Mais mettre musulmans et chrétiens dans un même ensemble (sur ce rapport) et montrer que les Évangiles inclinent plutôt à une morale socialiste et/ou anarchiste, ne pourrait que déplaire à Alain Pascal ; d’où le silence sélectif sur la question.

Dans la conception de l’auteur, les juifs ont une voie rationnelle (la Torah et le Talmud) et une voie irrationnelle (la Kabbale), ce qui est identique dans les trois religions du Livre. Or, seuls les chrétiens, parce qu’ils ont reconnu Jésus comme seul sauveur et Fils de Dieu, ont une double voie valide. Il suffit à l’auteur de rajouter une majuscule pour le doublet catholique et de dire que les autres sont des imitations fausses. D’autres fois, Alain Pascal laisse entendre que la mystique chrétienne est rationnelle, que les deux voies ne sont donc plus complémentaires mais identiques, et j’avoue ne pas voir compris ces subtilités. Le grand point qui distingue, en tout, cas chrétiens des deux autres, serait qu’ils sont dualistes. Il me semblait que les musulmans aussi sont dualistes,19)Ils critiquent la trinité chrétienne assimilée à une forme subtile de polythéisme, sans parler de la Vierge Marie et du culte des saints. et pour les juifs, je lis des choses assez contradictoires sur le sujet. En tout cas, nulle part Pascal ne s’arrête-t-il pour démontrer en quoi les conceptions catholiques sont justes, quand toutes les autres, même les protestantes, sont fausses. Il lui suffit de rajouter une majuscule aux termes lorsqu’il les entend dans un sens chrétien et le tour est joué.

Les conceptions du judaïsme – que Pascal semble pas connaître correctement – ne sont pas très claires non plus. Tantôt il semble souligner la continuité du judaïsme de Moïse à la Kabbale du XVIème siècle, tantôt il semble opérer des coupures et notamment entre un judaïsme de l’Ancien Testament dévoyé par les Pharisiens, les Talmuds et les Kabbales (étonnement, à ma connaissance, Alain Pascal n’écrit pas une seule fois le mot ‘sionisme’ même lorsqu’il parle du XXe siècle). Les vrais juifs seraient donc orphelins de leur propre religion, et il y aurait ainsi deux judaïsmes, dont un perdu20)Mais à partir de quand ? Le Talmud est écrit vers le le IVème siècle et les Pharisiens qui s’opposent à Jésus ne seraient déjà plus les dignes successeurs de David et Salomon., la vraie part du judaïsme serait sauvegardé via l’Ancien Testament des catholiques. (J’extrapole un peu en continuant la logique de l’auteur, qui ne l’exprime telle quelle.) Cela mériterait d’être vu des auteurs qui maitrisent mieux le sujet.

Un point toutefois, m’a semblé juste est intéressant, celui qui distingue des degrés de complexité dans les vérités enseignées par la doctrine catholique, et qui diffère des doctrines ésotériques et de la gnose. Dans la première, tout est transparent, rien ne s’apprend peu à peu dans une initiation secrète et individuelle, mais certaines vérités se présentent de manière plus ou moins accessibles aux fidèles. J’ai fait l’analogie avec les mathématiques : il faut bien savoir des équations du premier degré pour pouvoir réaliser celles du second degré, les secondes sont plus ardues que les premières, mais aucun livre de mathématique n’est caché et révélé peu à peu en temps voulu. Il y a bien un apprentissage, une initiation, si on veut, mais – si le bon sens est la chose la plus partagée pour Descartes et que même l’esclave du Ménon de Platon peut résoudre des problèmes géométriques – on est dans un tout ordre de situations que le cadre de sociétés secrètes qui font cheminer des êtres séparés des autres, et surtout du reste de l’humanité, pour les mener dans un méandre ou tout symbole peut s’inverser ou prendre plusieurs significations.

 Conclusion

Au final de cette lecture aussi stimulante qu’agaçante, j’ai donc noté des noms et des slogans et ai compris qu’il me faudrait aller voir ailleurs pour trouver des ressources permettant de juger de la valeur des idées jetés à l’emporte-pièce et dans un propos un peu trop chaleureux et bagarreur pour pouvoir susciter l’adhésion. Alain Pascal m’a néanmoins conforté dans l’idée que je devais lire Paracelse pour comprendre ce que je cherchais Polanyi dans ses notes de lecture sur la ‘médecine’. Ainsi que Boehme et les rosicruciens pour comprendre tant Hegel qu’éventuellement Hamlet : Rosencrantz, n’est-ce pas un rosicrucien ou du moins un pré-rosicrucien ; comme Guildenstern, n’est-ce pas l’« étoile de la guilde » et représentant de quelque chose qui préparait la Franc-maçonnerie du XVIIIème siècle ? Puis enfin, même si c’est un gros morceau, la Kabbale (le Zohar) pour comprendre Hegel, le Hegel théologique (celui qui Polanyi inspire Polanyi) comme le vieil Hegel, voire les parents de Polanyi. Du travail, et pas sûr qu’il croise à nouveau les textes d’Alain Pascal.

Photo d’entête : “Altar 1” par theneonheart

Notes   [ + ]

1. Feuilletons le livre dès le début de cette première partie  : p. 27 (un renvoi à un autre livre de l’auteur), p. 28 (2), 29 (1), 32 (1), 35 (4), 42 (1), 44 (2), 45 (2), 49 (2), 52 (5), 54 (1), 55 (5), 59 (1), 60 (2), 63 (2), 65 (1), 68 (1), 71 (2), 72 (4), 73 (1), 75 (5), ad nauseam.
2. Continuons de feuilleter : 149 – première page de la deuxième partie – (1), 150 (2), 151 (1), 152 (2), 154 (1), 155 (1)… C’est pareil.
3. J’ai moi-même vu des vidéos avant de faire l’acquisition d’un livre à plus de 20 € d’un auteur que je ne connaissais pas, et il m’avait fait bonne impression.
4. Un exemple pris au hasard : « le rabbin Maïmonide est le premier juif à trahir Dieu (pas le dernier…) » [p. 89], « dès le premier siècle les mages sont devenus ennemis irréductibles du Christ (…). Donc de nos jours leurs héritiers… » [p. 140] ; « et le mot sabbat désigne une certaine communauté… » [p. 142] (trois notes sur quatre terminent par des points de suspensions suggestifs sur cette page) ; ainsi dans tout l’ouvrage.
5. Le socialisme, [est un] collectivisme qui ne remonte pas à la Nouvelle Kabbale du XVIe siècle, ni d’ailleurs à la Kabbale du XIIe, mais au Talmud. Nous en tirons simplement la conséquence, à savoir que le socialisme est une philosophie politique d’origine « juive » et non pas chrétienne, orientale et non pas occidentale » [p. 203]. Alain Pascal dit que « les talmudistes et les kabbalistes sont responsables des crimes communistes, mais aussi de ceux commis par les nationaux-socialistes allemands, les eussent-ils perpétrés contre les juifs. C’est le propre des golems ! » Malheureusement, cette « route du Talmud aux deux socialistes » est expliquée dans deux autre livres…
6. Où ? dans quel contexte, ? où revient-on substantiellement sur Maître Eckhart dans l’ouvrage pour qu’on comprenne un peu mieux ce qui n’est ici qu’allusif ?
7. Au fond, ce sixième livre ne devrait-ils pas être gratuit s’il ne sert que de publicité pour tous les autres ?
8. [2001] Hegel and the Hermetic Tradition, Cornell University Press, 257 p.
9. Comme d’habitude, sauf que cette fois-ci entre le réchauffement climatique, la fin du pétrole et la Troisième Guerre Mondiale entre les Bons et l’Iran, on est finis ! Sur la référence à Muray, cf. Festivus Festivus, VII.
10. De même, je dois dire que je n’ai trouvé sur Internet aucun site catholique – peut-être ai-je mal cherché – recensant l’ouvrage d’Alain Pascal. Beaucoup d’images de chevaliers défendant leur culture et leur pays, beaucoup de vidéos de Radio Courtoisie ou d’autres cercles catholiques, mais d’avis circonstanciés de catholiques (“libéraux” ou traditionalistes, qu’importe) sur ce livre écrit par un des leurs, je n’en ai vu pas un. La chevalerie et la défense des valeurs assiégées, ça pourrait commencer par recréer du débat et de la pensée catholique.  Je n’ai trouvé que la recension de Patrick Roux sur Amazon, qui est assez critique sur le livre et relève des erreurs dans ce qu’il raconte. J’avais moi-même sursauté en lisant que le Talmud codifiait la magie [p. 139 et 144], là où Max Weber reconnaît justement aux juifs d’avoir les premiers écartés la magie du monde terrestre et permis la science moderne.
11. Certes, les deux auteurs sont juifs.
12. Bien plus juste que le fallacieux ‘judéo-chrétien’ inventé dans les années 1970 pour des raisons politiques qui font de l’Islam l’adversaire commun. Étonnamment, Pascal ne revient pas sur les Égyptiens, alors qu’après tout, puisqu’on sait que les textes de la Torah sont aussi des textes politiques écrits contre les Égyptiens et se servant des cosmologies de Babylone et Sumer pour les réécrire de manière plus arrangeante, jamais Alain Pascal n’envisage que l’Égypte se soit servie des juifs comme d’abeilles devant aller polliniser culturellement d’autres peuples et véhiculer leurs idées, les chassant de leur pays et se cachant derrière eux, Moïse n’étant qu’un agent de Pharaon et Yahvé Akhenaton déguisé. Puisqu’on ne peut pas dater l’exode narré dans le deuxième livre de la Torah, pourquoi ne pas imaginer que le peuple mythique des “Hébreux” (là encore rien n’est très clair) soit une secte monothéiste égyptienne chassée et donc que le judaïsme ne soit qu’une branche monothéiste de l’Égypte, bref que le monde actuel soit égyptien, le dieu Soleil se servant des sionistes actuels pour ses plans eschatologiques ? Personnellement, je pense qu’un complot est réussi si les vrais pilotes de celui-ci sont insoupçonnables. Je pense donc que ce sont les Bantous qui s’étaient installé secrètement en Égypte, puis qui ont profité de l’esclavage pour aller en Amérique, et qui aujourd’hui, avec la démographie de l’Afrique, s’apprête à conquérir le monde. C’est pour ça que l’Afrique a gardé une tradition orale, pour que personne ne puisse remarquer le complot. Bref, si la catégorie ‘judéo-égyptien’ (qu’il dénomme aussi ‘oriental’ pour l’opposer à l’Occident, donc au catholicisme) est intéressante, pourquoi Pascal oublie-t-il la moitié ?
13. A d’autres endroits il dit que la gnose a préparé les esprits à l’acceptation de la Kabbale [p. 90-91], semblant donc dire qu’elles sont deux traditions différentes.
14. La catégorie ‘judéo-protestant’ (ces derniers à qui A. Pascal ne reconnaît pas d’être un christianisme) est intéressante, notamment lorsqu’on pense aux calvinistes.
15. J’infère cette position d’Alain Pascal, logique quand on lit, mais qu’il n’aborde pas dans le livre.
16. Bien qu’Alain Pascal soit outrancier jusqu’au ridicule lorsqu’il prétend que l’Islam n’est qu’une religion talmudique [p. 85] ou que les arabes n’ont pas de culture.
17. Encore une fois, pourquoi Sumer et Babylone ont-elles disparues et comment ? On ne parle pas des Mayas, des Incas, des Africains, ou des Indiens d’Amérique qui n’ont rien laissé à l’Histoire, ni même des religions païennes nordiques ou celtiques… Alain Pascal n’évoque jamais, non plus, l’Empire romain païen/chrétien.
18. Abraham Rotstein, « Notes de fin de semaine II », Religion du monde, 35 ; 5 mai 1956. C’est néanmoins la seule fois, à ma connaissance, que Polanyi évoque cette idée.
19. Ils critiquent la trinité chrétienne assimilée à une forme subtile de polythéisme, sans parler de la Vierge Marie et du culte des saints.
20. Mais à partir de quand ? Le Talmud est écrit vers le le IVème siècle et les Pharisiens qui s’opposent à Jésus ne seraient déjà plus les dignes successeurs de David et Salomon.

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